Bio

 

J’ai découvert mes premières photographies à 14 ans, dans un lot de magazines en solde. La « Vallée de la mort » photographiée par Jeanloup Sieff et un bus de personnes noires par Bill Brandt m’ont immédiatement montré une chose que je n’ai jamais oublié : il y a un vide entre le sujet photographié et la photographie, et c’est dans ce vide que le photographe peut construire le sens de ses images. Sans doute peut-on alors dire que celui qui construit ce sens est un artiste.

Cette rencontre fut comme une révélation, mais j’étais jeune et je n’ai pas su quoi faire : autour de moi, on était effrayé par la connotation des mots « Vallée de la mort » ou impliqué dans de profonds discours sur le racisme. On ne voyait pas les photographies. Aussi, j’ai dû suivre d’autres routes, comme instituteur d’abord, et puis comme professeur de philosophie.

La philosophie et la photographie travaillent ensemble

car une philosophie deviendrait un dogmatisme si elle ne respectait pas le vide entre la pensée et les choses. De la même façon, je ne pourrais pas être un photographe si je ne préservais pas ce vide, si j’essayais de le refermer avec un « sujet » à photographier, par exemple, ou même avec un « Moi » bien défini.

Je suis donc revenu de la philosophie à la photographie, d’abord avec un doctorat sur l’esthétique photographique dans le champs de l’art contemporain. J’ai écrit des livres, des articles et donné quelques conférences, et enfin, j’ai commencé à faire mes propres images.

Je cherche mon esthétique, je tente d’habiter le vide, même si je ne sais pas clairement qui je suis comme photographe. Mes photographies sont donc quelque chose comme une introspection, mais jetée dans le monde. Je m’y bâtis un corps d’images avec comme seule certitude que je ne suis pas le premier. Mes photographies héritent des histoires qui ont cultivé mon regard; j’aimerais qu’elle sèment à leur tour quelques graines de mémoire.